Les Justes en Auvergne
Les Justes d’Auvergne à l’image des Justes de France sont pour la plupart des gens simples, des paysans, des religieux, des gens de bonne volonté qui justifient leurs actes courageux comme une simple réaction face à l’injustice.
Une mention spéciale doit être accordée à la Haute-Loire, aux monts du Vivarais et à la vallée du Lignon, c’est là dans ce pays rude qu’ont été caché entre 3.000 et 5.000 juifs. Les communautés protestantes de cette région sous l’impulsion et la direction du charismatique pasteur André Trocmé* (Mgr Théas* à Montauban et le cardinal Gerlier à Lyon) s’opposent ouvertement au régime. Mais c’est la prise de position de Mgr Jules Géraud Saliège*, archevêque de Toulouse, natif de Crouzit-Haut sur la commune de Mauriac, et ancien élève du petit séminaire de Pleaux (Cantal
Un destin exceptionnel
Quand l'homme de Dieu combat le Diable
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C’est à un auvergnat qu’on doit en grande partie, en France, la prise de conscience du drame juif. Suite aux déportations massives des israélites pendant l’été 1942, le mécontentement des catholiques grandit. Et pour la première fois des évêques .

"Nous ne pensons pas exagérer en disant que notre hospitalité diocésaine aura sauvé non seulement la liberté mais la vie de certains de ces réfugiés particulièrement en péril. Le cas le plus tragique fut celui de soeur Hélène, fille de la Charité dans la Congrégation de Saint-Vincent-de-Paul, personnellement visée par la fureur germanique. Cette religieuse avait favorisé l'évasion d'un grand nombre de prisonniers. La tête de cette femme était mise à prix par les Allemands: un million de francs. Elle risquait d'être immédiatement fusillée. La supérieure des Filles de la Charité fut plusieurs semaines emprisonnée en Allemagne, parce que sa subordonnée demeurait introuvable... Cette soeur un beau jour débarqua à Clermont. Notre protection lui fut demandée. Comment refuser un pareil acte de charité ? Notre solution protectrice fut efficace puisque soeur Hélène est morte de mort naturelle après la Libération, mais il n'est que justice de saluer le sens hautement fraternel des soeurs de Saint-Joseph de Clermont qui dans cette délicate aventure n'ont pas hésiter à s'associer à nos propres risques pour sauver une religieuse d'une congrégation voisine."
Né à Macon en 1887, Gabriel Piguet est nommé évêque de Clermont en 1933 par le Pape Pie XI. Grand bourgeois par sa naissance, très conservateur dans l'exercice de sa charge, Gabriel Piguet donnera à son épiscopat les allures d'un prince de l'Eglise du XVIIème agissant dans le monde mouvementé de la seconde guerre mondiale. Aux yeux de l'Histoire, Mgr Gabriel Piguet reste le seul évêque déporté en camp, où il ordonna prêtre un jeune diacre allemand, Karl Leisner.
La guerre éclate. Gabriel Piguet en poste à Clermont-Ferrand, ville éloignée d'à peine cinquante kilomètres de Vichy, doit assumer les visites régulières du Maréchal Pétain, chef de l'Etat français, et de son principal lieutenant, Pierre Laval, lui-même originaire du département. De nombreux reproches lui seront adressés en ce sens. Pourtant l'homme devenu évêque ne partageait en rien les thèses nazis. Très vite, il publia de sa propre main, dans le journal catholique du moment, des éditos appelant ses prêtres et séminaristes à s'organiser pour entrer dans une résistance active contre le STO : « Nous avons toujours déclaré publiquement ou écrit que la prétendue obligation du travail ne s'imposait pas à la conscience ». Alors, pourquoi avoir courbé l'échine, qui plus est en public, devant ceux que certains qualifièrent de ‘vendus au troisième Reich’ ? Piguet, pouvait-il agir autrement ?
C'est le dimanche de Pentecôte 1944, que l'évêque est arrêté devant une cathédrale pleine de fidèles aussi muets qu'ébahis.
D'abord séquestré dans les geôles des prisons allemandes à Clermont, il est envoyé à Dachau. On lui reproche de n'avoir pasdonné l'autorisation à la gestapo d'installer une antenne de transmission sur les tours de la cathédrale. On lui reproche aussid'avoir fait protéger un prêtre nommé Jean Gay, de son vrai nom, Jean de Viry, résistant alsacien réfugié en Auvergne. On lui reproche enfin d'avoir usé de son autorité auprès des institutions religieuses catholiques du diocèse pour cacher plusieurs adolescents juifs.
Il arrive à Dachau le 09 septembre 1944. Peu importe sa naissance, son rang, sa charge, Gabriel Piguet, matricule 103 001, n'aura aucun régime de faveur. Là il côtoie des prêtres, despasteurs, des imams. Ce camp regroupe essentiellement des religieux. Il y rencontre aussi le prince Xavier de Bourbon Parme, le capitaine Peter Churchill, le prince Frédéric-Léopold de Prusse ou Léon Blum.
Arrestation et déportation
Sur dénonciation, alors que les Allemands ne soupçonnent pas Mgr Piguet* d'aider les Juifs, il est convoqué par la Gestapo à Clermont-Ferrand le 28 mai 1944 sous le prétexte d'avoir émis une fausse autorisation de célébrer à Jean de Viry, prêtre du diocèse d’Annecy et aumônier des scouts.
Son témoignage : ""C’est le dimanche de la Pentecôte, le 28 mai 1944. Après la messe pontificale que j'ai célébrée dans ma cathédrale, un policier allemand m’adresse la parole sur le seuil du palais épiscopal et m’ordonne de me rendre sur le champ chez le chef de la Gestapo de Clermont-Ferrand. Je n’ai habituellement pas besoin de recevoir un mandat de comparution de la part de ceux qui veulent me rencontrer ; et vous avez toute possibilité de me trouver ici, voilà ce que je lui répondis d’une façon spontanée. Mais le ton impérieux de cette notification ne pouvait laisser de doute et je n’insistai pas davantage. Et c’est ainsi que je me rendis au siège de la Gestapo de Chamalières dans ma propre voiture conduite par mon chauffeur et secrétaire particulier, Paul Vignancourt, et accompagné d’un de mes vicaires généraux et du policier."
Enfermé à la prison de Clermont, puis interné au Struthof-Natzweiler, il sera déporté à Dachau en septembre 1944 et le seul évêque français déporté à Dachau.
A Dachau, il est assigné à la "baraque des prêtres" qui est un ensemble de quatre baraques hébergeant quelque 1 500 prêtres provenant de toute l'Europe, essentiellement polonais et allemands.
Au nez et à la barbe des nazis, Gabriel Piguet, vêtu de ses habits sacerdotaux, incroyablement confectionnés par des complices de misère dans le camp de Dachau, procède à l'ordination de Karl Leisner. C'est un jeune diacre allemand, soufrant de tuberculos et déporté pour ne pas s'être indigné de l'attentat manqué contre Hitler à Munich.
Dans la nuit du 17 décembre 1944, au petit matin, l'impensable se produit. Dans ce camp de la mort dont certains survivants diront en témoignage ‘qu’il était interdit à Dieu d'entrer’, Mgr Piguet invoque l'Esprit, impose les mains sur le front du jeune Leisner et le fait prêtre
En des temps mouvementés où les allégations naissaient au gré des suspicions, peut-être aurait-il été nécessaire de parler davantage et de parler clairement, laissant de côté les vertus évangéliques que sont la discrétion et l'effacement. Le Père Piguet n'a pas cru bon devoir agir ainsi. La vérité, il l'a construite en conscience, dans un silence que certains qualifièrent de ‘douteux’, avec pour seul soutien la mémoire des enfants juifs sauvés et reconnaissants.
Mgr Gabriel Piguet fut fait Juste parmi les nations à titre posthume le 22 juin 2002. C'est l'actuel archevêque de Clermont, Mgr Hippolyte Simon, qui reçut la médaille pour son prédécesseur des mains d'Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France, au nom de l'Etat d'Israël. Gabriel Piguet mourra le 03 juillet 1952 d'une congestion pulmonaire.
Sauver les enfants Juifs
Dés 1940, Mgr Piguet* aurait demandé officieusement à toutes les supérieures de congrégations qui avaient des écoles, que l'on cache des enfants juifs.1
C'est en tout cas par son intervention directe que trois familles juives, Mina et Henri Berkowitz, Léon Riveline et sa femme Esther Pertchuck et les frères Joseph et Maurice X ont été cachées dans des institutions religieuses du diocèse.
Il place également des enfants confiés à sa nièce, sœur Marie Lafarge*, directrice des études du couvent Sainte-Marguerite.
Marie-Antoinette Lietchy a échoué à son examen d’infirmière et cherche un emploi. On lui conseille d’être assistante sociale pour les juifs, compte tenu qu’elle a déjà un certain âge (35 ans) et qu’elle connaît le région.
Elle s’occupe alors de placer les enfants juifs qui n’avaient pas de famille soit dans une famille d’accueil, soit dans des institutions religieuses (écoles, collèges ou lycées), soit dans des fermes.
Elle va couvrir le Puy-de-dôme, l’Allier et le Cantal, surtout à Murat.
Marie-Antoinette Lietchy va placer des enfants chez les sœurs du Bon Pasteur à Clermont-Ferrand, chez les frères des écoles chrétiennesde Pontgibaud.
Le réseau Garel couvrait notamment l’Auvergne et le Limousin. Il plaçait et suivait des enfants sortis des camps du sud de la France ou recommandés par Mgr Piguet*, l'évêque de Clermont…
Albert Pavivoda était hébergé avec son frère Maurice à l’école des frères chrétiens.
Albert a témoigné pour le frère Genestier*, qui l'a recueilli et protégé à cette école, avec son frère Maurice et deux autres enfants juifs,Simon Bernholc, Fernand et Jacob Nakache (dit Claude).
Simon Berenholc se souvient avoir eu un entretien personnel avec Mgr Piguet*, attentif au suivi de ses études, un jour où Mgr Piguet* est venu à Pontgibaud
Famille cachée par Mgr Piguet
Mais grand patriote, l’invasion de la zone libre par l’armée allemande et l’intensification de la répression contre les opposants au régime et les Juifs, lui révélèrent une autre réalité qui l’amena à favoriser le sauvetage de Juifs par des institutions catholiques de son diocèse. Nadine Faïn, 11 ans, ses deux sœurs et une cousine furent placées par ses soins au pensionnat « Sainte Marguerite » à Clermont-Ferrand, pendant un an. La directrice laïque de l’institution, Marie Lafarge*, était la nièce de Mgr. Piguet. Y furent hébergées aussi Claudine Goetschel, 9 ans, et ses deux sœurs durant l’année 1943-44. Après l’arrestation de leurs parents, l’Ècole libre de filles de Vernet-la-Varenne, supervisée par Sœur Marie-Angélique, prit le relais. Maurice Jonas, 15 ans, et son frère Joseph, 13 ans, furent inscrits, pour l’année 1942-43, à « Saint-Pierre » de Courpière. Les deux garçons furent suivis par le directeur, le Père Delaire, et Mgr. Virollet, vicaire général de l’évêché, sur recommandation de Mgr. Piguet qui avait promis à leur mère qu’ils ne seraient pas convertis. Le petit Jean-Pierre Berkovitz, 1 an, et ses grands-parents furent cachés, sur l’intervention de Mgr. Piguet, chez les Sœurs de « Saint-Joseph du Bon Pasteur » à Lezoux. De même, les deux jumeaux Chaimowicz, 10 ans, furent hébergés par les Frères des Ècoles Chrétiennes, à Chapdes-Beaufort, pendant deux ans. Arrêté à la cathédrale de Clermont en mai 1944, Mgr. Piguet fut déporté à Dachau pour avoir protégé des prêtres résistants. Seul évêque de France à avoir subi la déportation, il en revint en 1945.
Marie Angélique Murat
Marie-Angélique Murat état la Mère Supérieure du couvent Sainte-Marguerite à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). C'est là que trouvèrent refuge, au début de l'année scolaire 1942/1943, les soeurs Fain - Nadine, Régine et Janine - venues de Paris, ainsi que les soeurs Goetschel - Claudine, Janine et Marianne - originaires de Limoges. Toutes y arrivèrent. Les sœurs Fain avaient été envoyées par Monseigneur Gabriel Piguet, évêque de Clermont-Ferrand, dans cet établissement qui abritait aussi un certain nombre de filles de résistants. A l’instar de la Mère Supérieure, la directrice de l'école, Marie Lafarge, se montrait particulièrement chaleureuse vis-à-vis de ses jeunes protégées juives. Sitôt que des Allemands venaient opérer un contrôle au couvent, une cloche sonnait dans les classes "menacées". Chacune des salles de cours avait une seconde porte donnant sur la rue, et les professeurs l'ouvraient immédiatement pour permettre aux adolescentes juives et aux filles de résistants de prendre la fuite. Les autres élèves ignoraient leur identité. Dans leurs témoignages après la guerre, les survivantes évoquent toutes la chaleur, la tolérance et le dévouement de la Mère supérieure, de la directrice et des enseignantes. Pendant les vacances de Pâques de 1943, l'une des religieuses, Irène Guillaume, envoya les trois jeunes Fain chez sa soeur Marthe, qui était pharmacienne à La Tour d'Auvergne. Elles y séjournèrent deux semaines. Ce n'était pas la première fois que Marthe cachait des Juives; elle le fit pendant de longues périodes tout au long de l'Occupation. En été 1943, M. Fain fut arrêté et déporté. Sa femme vint chercher ses filles et toutes quatre se réfugièrent dans le Lot. Les soeurs Goetsch.
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