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«Dimanche, 20 heures. Très chère amie, l’aumônier du Cherche-Midi vient de m’annoncer que je serai, tout à l’heure, fusillé comme otage. Ce sera le dernier chapitre du grand roman de cette époque.»

 

 

Dimanche 20 heures

Très chère Amie,

L'aumônier du Cherche-Midi vient de m'annoncer que je serai, tout à l'heure, fusillé comme otage. Ce sera le dernier chapitre du grand roman de cette époque.

Grande amie, veuillez recevoir le dépôt de quelques volontés somme toutes sacrées.

C'est vous qui annoncerez à Mathilde que je suis mort la tête haute. Dites-lui que j'ai eu un repentir : celui de ne lui avoir pas toujours fait la vie sérieuse qu'elle méritait. Mais dites-lui de porter fièrement le voile de veuve.

Qu'elle élève ma petite nièce dans l'esprit où son oncle a vécu.

Voyez très rapidement mon amie [Sofia Jancu]. Qu'elle soit la dépositaire intellectuelle de ma mémoire comme elle a été ma grande conseillère. Je la supplie de me continuer.

Je vous supplie de réclamer au Cherche-Midi les affaires que j'ai laissées. Peut-être quelques-uns de mes papiers serviront-ils à ma mémoire. Que mes amis sachent que je suis resté fidèle à l'idéal de toute ma vie ; que mes compatriotes sachent que je vais mourir pour que vive la France. Une dernière fois, j'ai fait mon examen de conscience : il est très positif. C'est cela que je voudrais que vous répétiez autour de vous. J'irais dans la même voie si j'avais à recommencer ma vie.

J'ai souvent pensé, cette nuit, à ce que mon cher Paul Vaillant­ Couturier disait avec tant de raison, que le communisme était la jeunesse du monde et qu'il préparait des lendemains qui chantent.

Je vais préparer tout à l'heure des lendemains qui chantent.

Sans doute est-ce parce que Marcel Cachin a été mon maître que je me sens fort pour affronter la mort.

Adieu et que vive la France !

Gabriel

(Fusillé le 15/12/1941)

Grâce à la diligence de François Faure, cette lettre parvint à Londres car Sofia tenait à la faire diffuser par la France Libre. Elle fut remise au général de Gaulle par le colonel Rémy et a été lue par Maurice Schumann à la radio. Les radios américaines et russes en ont fait état.

 

 

Claude Betsch

 

 Lundi 25 aout 1941

Mes bien chers parents,

j'ai bien fini par croire que je n'arriverais jamais à vous écrire: on m'a bien donné du papier à lettre, mais sans crayon. Enfin tout doit venir à point à qui sait attendre. J'ai tellement de choses à dire que je ne sais pas par où commencer. Je suis tout seul toute la journée sans rien pouvoir faire ce qui est pénible. Ma cellule m'a offert au premier temps de mon arrivée ici un certain attrait, car elle est vivement décorée de dessins et d'inscriptions dus à mes prédécesseurs. Je pense beaucoup à vous, puisque c'est la seule chose que j'ai à faire ici. J'aimerais bien savoir que vous ne pensiez guère à moi, toutes les pensées et réflexions que vous pourriez faire étant sans gaîté - et il suffit d'un malheureux comme cela, n'est-ce pas? - D'ailleurs beaucoup de réflexions que j'ai pu faire m'ont été salutaires... Je ne veux pas insister là-dessus. Comme nouvelles personnelles je vois assez peu de choses à vous dire. je n'ai vu ni avocat ni avocate depuis lundi dernier, jour de la visite de maman. En revanche, j'ai vu l'aumônier de la prison, hier pour la première fois, et j'en ai été heureux..(...)

J'aimerais que vous puissiez obtenir de mon avocate le droit de lire pour moi, et que vous me fassiez parvenir mes livres de mathématiques dont voici la liste: Commissaire, cour de math, 12 et 3 Papetier, tous mes exercices qui se trouvent à Paris. Ajoutez-y ma boîte de compas, du papier et des crayons ou un vieux stylo. Tout cela avec la permission du juge naturellement. J'espère recevoir un colis de vous demain. Vous ne pouvez pas savoir comme je puis attendre ce colis de nourriture avec impatience... La nourriture ici qui serait juste à peine suffisante pour un homme fait et sans grand appétit est excellente au point de vue qualité. Quand par exemple nous avons avec notre pain un rond de saucisson, c'est toujours du pur porc et de la qualité "avant guerre". Le matin réveil à 6 h, ménage et café national. Il est interdit de se recoucher. A 11 h1/2, soupe, qui est simplement d'ailleurs un bouillon de légumes, sans viande et souvent aussi sans légumes, mais cela tient pour moi à ce que je suis servi dans les premiers, de sorte que tous les légumes tombent au fond de l'immense bassine qui sert pour tout le monde. Je suis mal servi. Le soir à 5 h quelque 200 g de pain "allemand" brun et juteux mais fort bon, car il rappelle le pain de seigle que j'aime bien, avec du café ou du beurre - Oh! très peu - ou un rond de saucisson (deux fois par semaine en moyenne) ou un peu de confiture type régiment et justement dénommée marmelade. Après quoi, le service est fini. Quelquefois aussi, une soupe le soir, mais dans ce cas pain, sec évidemment. Pas de pain ni à midi ni le matin. Aussi je vous demanderais de m'envoyer par semaine - et songez que c'est pour sept jours, et songez à ce que je mangeais avant - 1 k de biscottes en paquets de 250 g si possible, des légumes (pommes de terre en purée, ou haricots en purée, c'est plus pratique) dans deux pots en verre pyrex - 1 camembert de Mme Sylvestre si vous en recevez toujours, quelques oeufs durs si vous pouvez, un peu de viande aussi, facile à manger sans couteau, et quelques fruits ou confiture ou dessert si vous avez. Mais j'insiste sur les biscottes, fromages, légumes. Les pots vous seront redus chaque semaine. Vous m'apportez mon colis dans un simple sac par exemple et vous attendez. On m'apporte les affaires et on vous rapporte aussitôt ce que je vous rends. Vous pouvez me mettre des conserves et j'aimerais chaque semaine avoir un peu de confiture type "groseille" et pomme parce que ce n'est pas cher et que j'aime cela... Donnez moi aussi mon vieux pantalon jaune, un vieux chandail, une vieille veste...si je pouvais arriver à sauver mon costume! Une brosse à dents et dentifrice, un tube d'aspirine... Ne vous inquiétez pas trop des frais, ils vous seront finalement remboursés ne serait-ce que par moi. Quand je serai jugé vous pourrez me voir toutes les trois semaines. Embrasse mes frères pour moi, embrassez-vous aussi pour moi tous les deux. Enfin, mettez moi AA (Autorité Allemande) sur le colis, il arrive plus vite. Les Français ne regardent pas. Je vous embrasse une dernière fois.

Claude 3e division, 287"

 Il envoie des lettres, dont une qu'il fait sortir clandestinement par un geolier autrichien compatissant. 

Il sera éxécuté le 29 Janvier 1942

 

 

 
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